UIT : Internet reste vraiment trop cher en Afrique (MAJ)

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A longueur de conférences, colloques, salons et autres événements, de nombreux professionnels et experts évoquent le coût trop élevé d’Internet en Afrique. Dans l’édition 2016 de son rapport Measuring the Information Society Report, l’UIT (Union Internationale des Télécommunications) présente des statistiques précises concernant le sujet et met en exergue la différence abyssale existant entre l’Afrique et les autres régions du monde.

Alors que en Europe, le coût de l’accès au haut débit mobile représente moins de 1% du revenu (RNB mensuel par habitant), il peut grimper jusqu’à 17% du revenu dans les pays moins développés notamment pour le haut débit mobile PC (via des équipements tels qu’une clé 3G/4G, un modem LTE, un hotspot 3G/4G, etc.). En Afrique, l’UIT indique un coût représentant en moyenne 9,47% du revenu pour la consommation prépayée de 500 Mo en haut débit sur device mobile.

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Selon les pays, cela peut grimper jusqu’à près de 30% du revenu. Par exemple, en 2015 en Mauritanie, consommer en prépayé 500 Mo en haut débit (3G/4G) sur device mobile a coûté 31,46 dollars soient 29,73% du revenu mensuel moyen dans le pays. Sur les marchés clés comme le Kenya, l’Afrique du Sud ou le Nigeria pour la partie anglophone de l’Afrique subsaharienne, les coûts sont respectivement de 5,46 dollars (5,08%), 7,76 dollars (1,37%) et 10,91 dollars (4,41%). En Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Cameroun pour la partie francophone, les coûts sont respectivement 9,98 dollars (8,86%), 7,98 dollars (9,12%) et 10,14 dollars (9,02%).

Pour l’internet mobile PC en haut débit (clé 3G/4G, un modem LTE, un hotspot 3G/4G, etc.), les tarifs sont encore plus élevés comme on peut le voir dans le tableau ci-dessus, certes pour un panier data de 1 Go. Au Bénin par exemple, un abonné à ce type d’offre a déboursé mensuellement 13,97 dollars en 2015 soient 18,83% du revenu moyen mensuel.

En ce qui concerne l’internet fixe haut débit, la situation n’est pas meilleure même si l’Ile Maurice fait partie des pays proposant les coûts les plus bas au monde (3ème coût le plus bas au monde en 2015) à 2,9 dollars en moyenne par mois. Comme le relève l’UIT, l’Afrique reste la région du monde avec les coûts absolument les plus élevés en 2015, avec une moyenne de 63,9 dollars mensuels.

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C’est aussi dans cette région du monde que dans 2/3 des pays, les tarifs de l’internet fixe représentent en moyenne 20% du revenu par habitant (RNB mensuel). Et tout ça pour des débits pas exceptionnels, la grande majorité des pays proposant tout juste un débit minimal se situant entre 256 et 512 Kbs. Ces débits sont à l’extrême opposé de ce qui est proposé en Europe par exemple où les débits se situent entre 2 et 30 Mbs dans la majorité des pays.

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Sur les marchés clés subsahariens, les tarifs de l’internet fixe haut débit sont les suivants : Kenya – 43,70 dollars ; Afrique du Sud – 12,93 dollars ;  Nigéria – 32,74 dollars ; Côte d’Ivoire – 34,83 dollars ; Sénégal – 30,43 dollars ; Cameroun – 50,55 dollars.

Mis en perspective avec la quantité de data nécessaire pour consommer ne serait-ce qu’une heure de vidéo, on se rend vite compte que ces coûts (en fixe ou mobile) sont trop élevés et que l’accès internet haut débit reste hyper cher en Afrique malgré que les coûts aient quasiment baissé de moitié entre 2012 et 2015 comme le rappelle l’IUT. Par exemple, visionner une heure de vidéo Netflix en qualité standard nécessite 700 Mo de data (3 Go en HD et 7 Go en UHD). D’autres services VOD africains tels que Tuluntulu ou Video  Moja promettent certes des consommations data beaucoup moins élevées (voir notre article), mais ça reste difficilement tenable pour l’internaute subsaharien d’autant plus que consommer de la vidéo est loin d’être le seul usage d’internet, comme le montrent différentes études (Sandvine, MEF, etc.). Le premier usage concerne d’ailleurs les plateformes de messagerie instantanée et de communication OTT. Et selon le site Lebonforfait, une heure de chat fait consommer 2 Mo de data et un simple email avec pièce jointe nécessite 1 Mo.

Dans une récente étude, Opera déclarait atteindre un reach de 100 millions d’utilisateurs en Afrique pour une part de marché de 58,3% sur mobile. Sur les trois marchés du Nigéria, du Kenya et de l’Afrique du Sud, le navigateur fait réaliser en 2016 à ses utilisateurs une économie cumulée d’environ 500 millions de dollars. Cela fait sens au regard des coûts de l’accès internet présentés dans le rapport de l’UIT. L’éditeur norvégien indique par ailleurs que 53% des africains ne peuvent s’offrir que 20 Mo de data par mois et qu’au Nigéria par exemple, le coût de 500 Mo correspond à jours et demi de travail (*) quand cela ne représente qu’une heure de travail.

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Pour rappel, la pénétration d’internet au 30 Juin 2016 est de 28,7% selon internetworldstats.com.

 

(*) : Statistiques 2015 de McKinsey

Crédit photo : Pixabay/PeteLinforth

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